Publications 08.03.2024

Appréciation du caractère commercial d’une aide au regard du seul intérêt de la société qui l’octroie

Le Conseil d’État précise les principes concernant la déduction des aides intragroupe et souligne que le caractère commercial de ces aides est évalué exclusivement en fonction de l’intérêt propre de l’entreprise accordant l’aide.

Conseil d'État, 10ème - 9ème chambres réunies, 29/12/2023, 455810, Inédit au recueil Lebon

Le législateur a encadré la fiscalité des aides intragroupe en établissant une distinction entre celles à caractère commercial qui sont déductibles si elles revêtent un caractère normal et celles à caractère financier qui ne le sont pas sauf dans des circonstances exceptionnelles telles que les procédures de conciliation homologuée, de sauvegarde ou de redressement (art. 39, 13 du CGI).

En substance, l’aide est à caractère commercial lorsqu’elle vise, pour la société qui l’octroi, à maintenir des débouchés commerciaux ou à préserver des sources d'approvisionnement. A l’inverse, l’aide est à caractère financier lorsque la nature de la créance et les liens existant entre les parties, exclusifs de toute relation commerciale, présentent un caractère strictement financier.

Dans un arrêt rendu le 29 décembre 2023, le Conseil d’Etat apporte une précision inédite dans le cas où la société qui octroie l’aide n’est pas l’associée unique (ni même majoritaire) de la société bénéficiaire. Le Conseil d’Etat profite également de cet arrêt pour confirmer un principe dégagé dans un de ses précédents arrêts éclairant la notion d’aide commerciale déductible (Conseil d’Etat, 26 juillet 2023, n° 463846, « Société Lamaï »).

La société française Gervais Danone a fait l'objet d'un contrôle fiscal à l'issue duquel l’administration a remis en cause la déduction d'une subvention d’un montant de près de 40 millions d’euros accordée à sa filiale turque dans laquelle elle détenait une participation minoritaire à hauteur de 22 %.

La société Gervais Danone avait considéré que cette aide était de nature commerciale dès lors qu’elle résultait de la concession à sa filiale turque, alors lourdement déficitaire, du droit d'exploiter plusieurs actifs incorporels dont elle était propriétaire (marques du groupe, brevets et savoir-faire) afin que cette dernière fabrique et vende des produits laitiers sur le marché turc sous les marques Danone.

Contrairement à la position de l’administration suivie par les juges du fond, le Conseil d’Etat confirme la déductibilité de cette subvention. Cette solution apporte deux précisions importantes.

Dans un premier temps, le Conseil d’Etat précise que le fait que l’actionnaire majoritaire de la filiale turque, également membre du groupe, disposait d'un intérêt financier à la préservation du renom de la marque, n’exclut pas que l’actionnaire minoritaire puisse avoir un intérêt commercial à octroyer une aide. Le fait que l’actionnaire majoritaire n’ait pas participé au financement de l’aide est également sans incidence ; seul compte l’intérêt propre de la société qui octroie l’aide.

Dans un second temps, le Conseil d’Etat confirme le principe dégagé dans son arrêt « Société Lamaï » rendu le 26 juillet 2023 selon lequel la circonstance qu'une aide soit motivée par le développement d'une activité qui, à la date de son octroi, n'a permis la réalisation d’aucun chiffre d’affaires est néanmoins susceptible de conférer un caractère commercial à l’aide « lorsque les perspectives de développement de cette activité n'apparaissent pas, à cette même date, comme purement éventuelles ».

Le Conseil d’Etat réaffirme certains principes fondamentaux relatifs à la déduction des aides intragroupe, à savoir que c'est au regard du seul intérêt propre de l'entreprise qui consent l'aide que le caractère commercial s'apprécie, que la loi n’interdit pas que l’intérêt commercial puisse résulter dans un chiffre d’affaires futur qui n’est pas purement éventuel et, enfin, que ces éléments s’apprécient à la date d’octroi de l’aide (précision importante à l’heure où les services fiscaux ont tendance à s’appuyer sur des éléments post période de contrôle pour en tirer des conclusions sur les opérations soumises à examen).

A noter que dans l’affaire Gervais Danone, la subvention a été octroyée avant l’entrée en vigueur de la loi de finances rectificative du 16 août 2012 qui a exclu la déduction des aides intragroupe autres que commerciales. Néanmoins, les précisions apportées par le Conseil d’Etat dans cet arrêt paraissent transposables aux textes actuellement en vigueur.


Pour retrouver les dernières publications du département Droit Fiscal, cliquez ici.

L'équipe

Ilias
Dhaou

Avocat

Lire la suite

Jean-François
Defudes

Associé

Lire la suite

Louise
Legrand

Avocat

Lire la suite

Louise
Bras

Avocat

Lire la suite

Gauthier
Pinabiaux

Avocat

Lire la suite

Alexandra
Coeur

Avocat

Lire la suite

Tessa
Serant

Avocat

Lire la suite

Amandine
Racé

Avocat

Lire la suite

Geoffroy
Tourin

Avocat

Lire la suite

Lucas
Villain

Avocat

Lire la suite

Mathilde
Mouret

Avocat

Lire la suite

Louis
Bertrand

Avocat

Lire la suite

Julie
Mottier Mugnier

Avocat

Lire la suite

Hanna
Gonod

Avocat

Lire la suite

Lucie
Lavergne

Avocat

Lire la suite

Emilie
De Ruyffelaere

Avocat

Lire la suite

Pauline
Fournier Lesvenan

Avocat

Lire la suite

Léa
Delorme

Avocat

Lire la suite

Elisa
Messmer

Avocat

Lire la suite

Marine
Ollagnon

Avocat

Lire la suite

Martin
Wartelle

Avocat

Lire la suite

Marie
Delmotte

Avocat senior

Lire la suite

Jean-Marie
Tocchio

Associé

Lire la suite

Laurence
Moisy

Juriste

Lire la suite

Alice
Bauw

Juriste

Lire la suite

Elodie
Tournier

Avocat senior

Lire la suite

Jérémie
Boublil

Associé

Lire la suite

François
Vibert

Counsel

Lire la suite

Dimitri
Nadelgaft

Avocat senior

Lire la suite

Mathias
Clouye

Avocat

Lire la suite

Philippe
Larivière

Associé

Lire la suite

Lise-Aure
Jourdain

Counsel

Lire la suite

Mathieu
Bizet

Avocat senior

Lire la suite

Adrien
Morisse

Avocat senior

Lire la suite

Jérôme
Granotier

Associé

Lire la suite

Rachel
Devidal

Counsel

Lire la suite

Delphine
Nowak

Associé

Lire la suite

Edouard
De Limairac

Associé

Lire la suite

Quentin
Keraval

Avocat senior

Lire la suite

Caroline
Cazaux

Associé

Lire la suite

Tanguy
Nazaret

Avocat

Lire la suite

Charles-Eric
Thoor

Associé

Lire la suite

Matthieu
Bultel

Associé

Lire la suite

Victoria
Stoop

Avocat

Lire la suite

Virginie
Brault-Scaillet

Associé

Lire la suite

Thomas
Nogris

Avocat senior

Lire la suite

Isabelle
Fokapu

Avocat

Lire la suite

Mounira
Matouk

Avocat

Lire la suite

Nadège
Ollier

Avocat senior

Lire la suite

Marie-Charlotte
Diriart

Associé

Lire la suite

Clémence
Desplancke

Avocat senior

Lire la suite

Paul
Camille

Avocat

Lire la suite

Guillaume
Douillard

Associé

Lire la suite

Pierre-Emmanuel
Scherrer

Associé

Lire la suite

Audrey
Bueche

Avocat senior

Lire la suite

François
Vignalou

Associé

Lire la suite

Tanguy
Dubly

Associé

Lire la suite

Martin
Charron

Avocat senior

Lire la suite

Ondine
Prévoteau

Associé

Lire la suite

Barbara
Bertholet

Associé

Lire la suite

Félicien
Hyest

Associé

Lire la suite

Laetitia
Benoit

Associé

Lire la suite

Axel
Gohaud

Avocat

Lire la suite

Nicolas
Moreau

Associé

Lire la suite

Neil
Robertson

Associé

Lire la suite

Delphine
Tagand

Counsel

Lire la suite

Sophie
Frantzen-Bourez

Avocat

Lire la suite

Justine
Langer

Counsel

Lire la suite

Louis
Vallet

Associé

Lire la suite

Alexandre
Ghesquière

Associé

Lire la suite

Taous
Mabed

Associé

Lire la suite

Sébastien
Pinot

Associé

Lire la suite

Antoine
Arminjon

Associé

Lire la suite

Julien
Lecat

Associé

Lire la suite

Serge
Rastorgoueff

Associé

Lire la suite

Victor
Brouard

Avocat

Lire la suite

Alain
Vamour

Associé

Lire la suite

Benjamin
Mourot

Associé

Lire la suite

Paul
Brisset

Associé

Lire la suite

Alban
Van de Vyver

Associé

Lire la suite

Antoine
Benoit

Associé

Lire la suite

Adèle
Durupt

Avocat senior

Lire la suite

Frédéric
Coulon

Associé

Lire la suite

Découvrir les actualités :