Le rapport datant du 3 février 2026 de la Cour des comptes consacré à la situation financière de la Fédération française de rugby met en lumière une institution qui sort d’une période de fortes turbulences, mais qui a engagé un processus de redressement sérieux et structuré.
Couvrant la période 2018-2024, l’analyse souligne à la fois les fragilités persistantes du modèle économique et les progrès notables observés ces dernières années(1).
La Cour rappelle que la situation actuelle trouve largement son origine dans des choix passés. Plusieurs projets structurants insuffisamment maîtrisés, combinés à une gouvernance parfois défaillante, ont durablement fragilisé les finances de la Fédération. Les déficits liés à la Coupe du monde 2023 ou encore le projet immobilier de Pantin illustrent ces errances(2), qui ont contribué à dégrader la trésorerie et à installer un déficit structurel.
Pour autant, le rapport relève un changement de dynamique depuis l’arrivée de Florian Grill à la tête de la Fédération il y a trois ans. La gouvernance est jugée « en voie d’amélioration »(3), avec un renforcement des contre-pouvoirs, des dispositifs d’éthique et une meilleure formalisation des procédures de décision. Ces évolutions traduisent une volonté affirmée de rompre avec certaines pratiques antérieures et de restaurer la crédibilité de l’institution.
Sur le plan sportif et territorial, le constat est plus favorable. La Cour salue une progression d’environ 80 000 licenciés en 6 ans, portant leur nombre à près de 360 000(4), signe d’une attractivité retrouvée du rugby français. Cette dynamique est soutenue par les performances sportives, l’exposition médiatique accrue et les investissements consentis en faveur des clubs et des territoires, notamment à travers des dispositifs techniques et un effort marqué en faveur de la féminisation de la pratique.
La situation financière demeure néanmoins sous tension à court terme. La Cour qualifie les équilibres actuels de « préoccupants », en raison d’un déficit structurel encore significatif et de la fin programmée de certaines ressources exceptionnelles (les produits exceptionnels issus de l’entrée de CVC dans le Tournoi des six nations qui permettaient de combler le déficit jusqu’en 2023, ne suffisent plus à couvrir le déséquilibre structurel et disparaîtront en 2027)(5). Toutefois, elle souligne que les mesures correctrices engagées commencent à produire leurs effets, notamment en matière de maîtrise des charges.
Surtout, le plan de redressement à cinq ans, élaboré par la Fédération est jugé de « grande qualité ». Fondé sur une trajectoire crédible de retour à l’équilibre, il suppose une discipline budgétaire rigoureuse et une constance dans la mise en œuvre. En définitive, le rapport ne dresse pas le constat d’une fédération condamnée, mais celui d’une institution engagée dans une phase décisive de redressement, disposant d’atouts solides et d’une dynamique sportive réelle, à condition de poursuivre les efforts engagés.
Découvrir les actualités :
- du département Sport